Question 9 : Aviez-vous des amis arabes


J'ai une photo dans un de mes albums : celle d'un instituteur arabe avec lequel je m'entendais bien. Il s'appelait Mustapha Fékir.
Un de mes copains d'école et de collège se nommait Daoud. Il était Mozabite et portait le " sarouel ", pantalon bouffant. Nous étions bons amis. Les Mozabites, originaires des oasis du Sahara, étaient tenus à l'écart des autres musulmans.
J'ai encore en tête les noms de certains ouvriers de la ferme d'El-Bordj, que j'aimais bien : Khadj, Kouroun, Kablie…
Mon père, militaire chez les Tirailleurs Algériens, nous emmenait chez les familles de sous-officiers arabes. Nous y étions bien reçus. Couscous, méchoui, gâteaux arabes,… Seulement, l'épouse et ses enfants mangeaient dans une pièce à part.
Quant il était jeune, dans la ferme où travaillait son paternel, mon père n'avait que des petits-copains musulmans avec lesquels il jouait et travaillait.
C'est pourquoi il parlait si bien l'arabe. Moi-même j'avais un bon copain juif : André Attia, au lycée d'Oran. Nous faisions toujours équipe pour jouer à la " balle au mur ", la " pelote oranaise ". Il m'a même fait entrer chez lui pour me faire goûter de la " charcuterie " juive sans porc (cacher). Lui aussi avait de la répulsion pour la viande de porc. Il n'était pas courant qu'un " goy " entre dans une maison juive.

Alors que je logeais chez la grand-mère, à Mascara, au printemps 1960, quelqu'un est venu nous chercher en voiture pour nous conduire à la ferme Cayuela, près de Saint Hippolyte.
Mme Cayuela, née Anna Moya, était une amie d'enfance de ma mère à El-Bordj.
Nous déjeunons chez ces gens ; ils ont un fils de mon âge, nommé Jen-Louis. Celui-ci travailleavec son père à la ferme. Il possède un beau cheval et aime chevaucher sa monture à travers les vignobles.
L'après-midi, il me suggère de venir faire "du cheval" avec lui.
Ma monture ets un placide bourrin, plus habitué à tirer une carriole qu'à courir sur les pistes. L'occasion est bonne de faire de l'équitation. je ne suis aps équipé pour cela : ni bottes, ni pantalon ; un simple short et des baskets.
Nous longeons une piste, le long des vignobles. Nous sommes sur les hauteurs qui dominent la plaine et les côteaux de Mascara. De l'autre côté, ça descend ferme vers le massif des "Beni-Chougrane".
Autant le versant sud est "civilisé", cultivé et mis en valeur autant le côté nord est sauvage, tourmenté et inhospitalier.
Nous nous reposons un moment sous un immense caroubier. Personne ne peut y toucher, car il sert de point géodésique. Il est même signalé sur la carte.
Jusque là, les deux chevaux ont marché au pas. impossible d'aller au trot, car la salle en cuir brut m'arrache les poils des jambes ! Nous descendons le versant nord. je vois l'encolure de l'animal plonger vers le bas, je me cramponne à la selle. il n'y a qu'à laisser faire la bête, elle connaît bien le relief.
Au bout d'un moment, nous arrivons en vue d'une "mechta". Quelques gourbis en pierres entourrés de jardinets et de figuiers. Notre présence est signalée par les aboiements de quelques "Klebs" faméliques. un arabe vient à notre rencontre, il ente en conversation avec Jean-Louis qui parle parfaitement cette langue. Je ne comprend pas grand chose de tout cela.
Le bonhomme doit surement travailler dans une des fermes avoisinnantes. Il nous fait entrer dans sa maison.
Nous appercevons quelques femme.
"L'indigène" explique à Jean-Louis (qui me traduit) que les femmes ont eu peur de nous, nous prenant pour des gendarmes à cheval.
Après les salamaleks d'usage, nous prenons place suir un tapis, assis en tailleur. Un autre arabe ets venu nous rejoindre. la conversation continue pendant que notre hôte prépare le thé et nous offre des gâteaux. je ne comprends pas beaucoup de tout ce qui est dit, masi je feins de m'intéresser aux orateurs. la fameuse "hospitalité" arabe ets en oeuvre, il ne s'agit pas de se montrer ingrat.
Au bout d'une heure, nous nous levons et quittons ces braves gens. ils nous gratifient d'un grand couffin rempli de tomates et de légumes. Il snous adressent des signes d'amitié.
Nous sommes arrivés sans rien dasn les mains, et nous repartons comblés. Et poutant ce sont des pauvres gens, presque sans ressource.
Cette guerre est en train de tout gâcher. Elle sème de funestes graînes de haine et de méfiance entre les deux communautés.
Il me souvient d'avoir connu une amitié franche et réciproque avec les ouvriers d'El-Bordj et la famille Alquié, à la ferme Pessina, lorsque j'étais enfant.


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