Question 8 : Concernant la religion, la liberté de culte était-elle acceptée ?


Absolue. Les Arabes allaient à la Mosquée le vendredi, les Chrétiens à l'église le dimanche, les Juifs à la synagogue le samedi. Il y avait des prêtres ou des pasteurs ainsi que des rabbins et des imams.
Chaque communauté pouvait exercer son culte comme elle l'entendait.
Pour les fêtes, les musulmans venaient offrir des gâteaux aux chrétiens. Ils invitaient des Européens et des juifs à leurs fêtes de mariage par exemple.
Avant les " événements ", lors du Ramadan (carême des Musulmans) qui dure un mois lunaire, la municipalité faisait tirer le canon au coucher du soleil pour annoncer aux croyants la fin du jeun. Les communautés étant séparées, les nuits de liesse musulmane ne gênaient pas les chrétiens ni les juifs.
Les Arabes pouvaient " faire leur ramdam " chez eux. On entendait tous les jours le muezzin, en haut de son minaret, appelant les croyants à la prière. Il n'y avait pas de haut-parleur à cette époque ! De même, les volées de cloches chrétiennes ne gênaient pas les musulmans. Les juifs, quant à eux, se montraient très discrets.
Certains européens allaient même voir le marabout dans l'espoir d'une guérison. Ils brûlaient des bougies et récitaient des prières.

Des croisières-pélerinages étaient organisées chaque année depuis les pays du Maghreb. Elles permettaient aux croyants d'accomplir leur précepte sacré : aller au moins une fois dans sa vie à la Mecque, sur la terre sainte.
J'ai vu à Tiaret, la commune organiser une séance de circoncision collective pour les jeunes musulmans qui n'avaient pas été initiés. Un rattrapage en quelque sorte. C'était un médecin musulman qui opérait.
Les Musulmans vénèrent Marie (Myriam) comme la mère du prophète Jésus (Aïssah). Par contre ils n'admettent pas la " Trinité ". Car Dieu (Allah) est unique, il n'a pas de descendance. Jésus n'est qu'un prophète annonçant l'autre prophète Mohammed (Mahomet)
Les Musulmans font leurs cinq prières rituelles par jour, tournés vers l'Est (en direction de la Mecque), dans un endroit un peu retiré.
Les Musulmans ont une aversion prononcée pour le cochon et le sanglier : le " Khallouf ". Cela fait partie de leurs interdits religieux. Leurs animaux doivent être saignés rituellement, un peu comme chez les Juifs. C'est pour cela qu'ils ne veulent pas de la viande des " roumis. "


Je ne suis jamais entré dans une mosquée ; mais on peut y entrer en dehors des heures de prières, en prenant la précaution de se déchausser (rituel de pureté).
Mon père, militaire, y entrait lors de commémorations patriotiques, avec des drapeaux (église et mosquée)
Bien sûr, il y avait d'énormes différences entre le monde rural ou semi-rural et le monde urbain, occidentalisé à outrance

En plein milieu d'un beau quartier d'Oran, près du Boulevard Front de Mer, on pouvait voir un marabout arabe. Personne n'aurait eu l'idée de déplacer un monument sacré aux yeux des musulmans. Même chose pour l'hôpital de Mascara qui possédait un marabout dans son enceinte. Beaucoup d'immeubles publics, d'écoles, de gares (celle d'Oran) portaient l'empreinte de l'Islam : fenêtres en forme de fers à cheval, de style mauresque. Hélas, depuis l'indépendance, beaucoup d'églises ont été rasées (celle de Tiaret par exemple). Un grand nombre de nos cimetière vandalisés.

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