Question 6 : Quelles étaient les relations au sein de l'école ? Tous les enfants y avaient-ils accès ? Français et Algériens étaient-ils mélangés ?


J'ai toujours été en classe avec des Arabes. Plus à l'école primaire, moins au collège et au lycée. Le pourcentage était variable selon les localités. J'ai vu de très bons élèves musulmans issus de classes aisées.
Aucun arabe dans les écoles confessionnelles : " Frères " ou " Sœurs ". La réciproque est aussi vraie pour les écoles coraniques et les medersas. Donc pas de rangée pour arabes ni de rangée pour français. La scolarité était en Algérie de bonne qualité, et les maîtres (des deux communautés) pas moins méritants.
Le plan de Scolarisation en Algérie mis en place dès 1955 s'est inspiré des méthodes mises au point dans ces écoles indigènes pour éduquer les petits musulmans du Bled.
Si les enseignants des " banlieues difficiles " de notre époque avaient

l'humilité

de demander aux anciens maîtres d'Afrique du nord comment ils enseignaient le Français et le reste à ces petits arabes, le taux d'échecs scolaires diminuerait de façon significative.

Dans mon collège, à Tiaret, le surveillant général en 1952 était arabe. L'année suivante se fut au tour du principal.
Comme deuxième langue vivante en quatrième, au collège, j'ai appris l' " arabe dialectal ". A Oran, au Lycée, certains de mes copains apprenaient " Arabe Classique " et " Arabe dialectal ". (1ère et 2ème langue). Mon prof d'arabe s'appelait M. Boutarène. Je peux encore prononcer une centaine de mots dans cette langue et écrire de droite à gauche en caractères arabes.

Anecdote au sujet de l'école en Algérie :

Après la mort du Grand-père Alquié, en 1942, la famille a dû quitter la ferme d'El-Bordj.
Denise, mariée à Vincent Garrigos, vivait à Mascara. Ma mère avait quitté la famille en 1934 quand elle avait épousé mon père.
Michel Alquié a été mobilisé.
La grand-mère est restée quelques temps à El-Bordj avec Paulette et le plus jeune fils : Louis.
Elle a habité au village, près de l'école, dans un petit deux pièces. (Je m'en souviens encore !)
A cette période, il n'y avait plus d'instituteur français à l'école du village. (Pénurie à cause de la guerre).
Plutôt que de laisser son fils traîner sans instruction, la grand-mère ("Maman Carmen", comme je l'appelait) a préféré l'envoyer à l'Ecole Coranique. Imaginez la scène :

Les élèves, tous musulmans, (sauf Louis Alquié) sont assis en rond sur une natte, autour du chikh ou Taleb. (pluriel : Taliban)
Celui-ci fait répeter sans cesse des sourates du Coran à ses élèves jusqu'à ce qu'ils les sachent par coeur. Il leur enseigne aussi l'écriture et la lecture de l'"arabe classique" (celui du Coran). l'arabe classique est à l'arabe ce que le latin est au français.
Quand un élève fait mine de se dissiper ou de s'assoupir, le maître lui assène un coup de roseau sur le dos (ou la tête !)
De cette manière, les enfants finissent par connaître de longues tirades du Coran (souvent snas les comprendre !). Ils lisent et écrivent les caractères arabes.
Combien de temps Louis a-t-il fréquenté l'école Arabe, je ne sais. (trois ou quatre mois peut-être ?). A aucun moment, le Taleb n'a refusé sa présence d'un petit "Nsara" (chrétien) au milieu de ses ouailles. Tout content qu'il était de lui enseigner le COran et peut-être d'en faire un adepte de l'Islam ? La grand-mère a fini par se décider à partir habiter à Mascara.
Louis a fréquenté à ce moment l'école publique de cette ville. Après l'école publique, il est allé quelques années au Cours Complémentaires, puis ets devenu apprenti-menuisier-ébéniste chez Jammes.
Donc nous avons eu un oncle qui est allé à l'écolE arabe. Pas longtemps, mais c'est rare et ça mérite d'être cité !



retour à la page des questions
retour à l'index