Question 2 : En tant que colons, pourquoi avoir choisi l'Algérie ?


Il faudrait avoir posé la questiion à mes ancêtres ! Il est clair que l'on ne choisit pas le pays où l'on va naître !

Je me permets de citer quelques extraits du livre Histoire des Pieds-Noirs d'Algérie, de Raphael Delpart, quiest paru cette année. " les 150 000 familles réclamées par Bugeaud traînent les pieds. L'enthousiasme à émigrer vers ce territoire lointain et " modéré "… les échos d'épidémies de typhus et de choléra ainsi que l'insécurité n'incitent pas au départ. La vie est rude et les Français, peu habitués au climat du sud, craignent de ne pas s'adapter ou, pire, de contracter des maladies mortelles… Partir ? Mais pour quoi faire ? Et avec quels moyens ? L'Algérie n'a rien pour séduire, ce qui n'est pas le cas du Nouveau Monde vers lequel se ruent des villages entiers...

Il faut convaincre des paysans et des artisans de s'installer en Algérie, détourner le courant qui entraîne vers l'Amérique du nord une foule d'émigrants de plus en plus importante…
Certains " émigrants " empochent l'aide financière accordée par le gouvernement et se trouvent bien souvent sur les listes de bateaux en partance pour le Canada… Il faut donc offrir des terres gratuites.
Un émigrant doit avoir un métier officiel (pour écarter les chômeurs) et doit être marié afin de faire souche. On arrange ainsi des tas de mariages. On pose des affiches publicitaires dans les mairies ou sur les places de marchés. On y évoque dans des termes au lyrisme grotesque la proximité d'une rivière (rares en Algérie !), la fertilité des terres (!!), la construction prochaine d'une ligne de chemin de fer. (le paradis quoi !)

En Algérie, un " village " est un rassemblement de tentes militaires démuni du moindre confort.
Il faut se montrer convaincant pour empêcher les nouveaux arrivants de repartir par le prochain bateau.
Malgré cela, 70 000 Alsaciens-lorrains s'installent en Algérie après la guerre franco-prussienne de 1870-71. Le phylloxéra (petit papillon semblable à une mite) ruine des milliers de viticulteurs du Midi. Ils sont nombreux à partir pour ce pays car la maladie de la vigne n'a pas de prise sur ces terres " vierges. "
Arrive un gros contingent de Corse, jusqu'en 1936.
Régions d'où viennent les immigrants : l'Aveyron, l'Ardèche, Les Hautes-Alpes, la Drôme, L'Isère, le Var, les Alpes-Maritimes. Enfin quelques Savoyards, Bretons et Auvergnats.
Personne ne quitte la Normandie, L'Ile de France, ou le Nord, régions fortement industrialisées.
Beaucoup d'Espagnols sont des gens robustes et, à l'inverse des Français, le climat ne leur pose aucun problème d'adaptation. De plus, ils ne rechignent pas à faire n'importe quel travail.
Arrivent encore des Italiens (Sardaigne, Piémont, Vénétie), des Maltais, des Allemands, des Suisses. Les Juifs d'Algérie seraient présents depuis les Phéniciens (3000 ans !), d'autres depuis 1492, chassés d'Espagne par Isabelle la Catholique et Ferdinand d'Aragon.

Faut-il le rappeler, le vocable " Algérie " date seulement de 1839. c'est le ministre de la guerre qui a appelé " Algérie " la zone occupée par la France. " Si j'avais découvert la nation algérienne, je serais nationaliste "… écrivait encore Ferhat Abbas en 1936. L'idée de nation algérienne parut longtemps inconcevable ou chimérique.



Ceux qui allaient devenir les " Pieds-Noirs " (vocable apparut dans les année 1950-60) n'ont choisi l'Algérie que par ignorance et désespoir, attiré par le miroir aux alouettes.
L'État français a pu aussi se débarrasser d'indésirables : les proscrits des révolutions de 1848 et 1871. Une grande partie des " Communards " parisiens ont été expédiés " manu militari " vers l'Algérie ou la Nouvelle Calédonie.


Une anecdote : Un cousin par alliance, Alexis Pautrot, quitte sa Charente natale en 1896 ; il a 17 ans. Il a appris un bon métier : ferronnier et fait son Tour de France avec son balluchon : la " malle à quatre nœuds " . Arrivé à Marseille, on lui signale que l'on recherche des gens qualifiés comme lui de l'autre côté de la Méditerranée. Interessé, Alexis traverse le grand " channel " et débarque à Alger. Son travail le conduit en Oranie ; il trouve l'âme sœur à Dublineau : une fille Cantet apparentée aux Buisset. Il fonde une famille à Oran en 1910. La Grande Guerre le voit revenir à Paris pour travailler aux usines Blériot.


Il est revenu dans son pays d'adoption et comme nous, a été rapatrié en 1962.

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