Question 1 : Etiez-vous colon ou bien natif d'ALgérie (d'ascendance colon) ?


Je suis né en Algérie, Pied-noir de 3ème génération.
Mon père, Jean Louis Bouet, est né à El-Bordj en 1913. Ma mère, Louise Alquié, à Mascara en 1915.
Mon grand-père, Jules Bouet, avait cinq ans quand il est arrivé avec ses parents, le 5 décembre 1877. région d’origine : Roquefort, Millau.
L’arrière-grand-père obtient une « concession » à Matemore près de Mascara. La terre défrichée est ingrate, elle ne nourrit pas son homme. Vital Bouet vend son bien et se met au service d’un autre colon plus chanceux. Son fils, Jules, et son petit-fils, Jean-Louis (mon père), travailleront aussi la terre chez un patron.
Vital sera assassiné par un Arabe dix ans après son arrivée.

Les autres arrières-parents côté paternel : famille Jean Bouisset. Ils arrivent en Algérie en 1865 et s’installent à Dublineau (25 km de Mascara). Ils sont originaires du tarn. Faute d’irrigation, l’exploitation ne marche pas. Le fils, Jacques Bouisset, sera cantonnier à El-Bordj. Il mourra sous un éboulement sur un chantier. Son épouse se suicidera de désespoir.

Mon arrière-grand-père maternel, Louis Henri Alquié, est né à Albi, il est marié avec une Normande Marie Robillard. Ils obtiennent une concession à St Hippolyte, près de Mascara. Leur fils Louis (mon grand-père) naît à Mascara en 1873. Trois autres fils naissent de cette union et sont tués tous trois pendant la guerre 1914-1918.
Rescapé, Louis revient dans son foyer mais il est obligé de vendre l’exploitation de son père, à cause de l’insécurité. Lui aussi se met au service d’un patron, en tant que commis de ferme.

Je ne sais rien sur les grands-parents du côté maternel. Ils sont, pour sûr, d’origine espagnole : Salas - Ségura

Le mot « colon » désignait au départ tous les immigrants arrivant sur la terre d’Algérie, mais aussi au Maroc et en Tunisie. Ce vocable désignera par la suite : « ceux qui ont réussi ».

Définition : Un colon = propriétaire exploitant.

Il y aura des « petits colons », des « moyens » et des « gros ». Les « gros colons » ne seront pas légion !
Un bon nombre de ceux qui ont eu une concession au départ, ont du jeter l’éponge et sont devenus des « prolétaires ».
Les conditions de vie étaient difficiles au prix d’un travail harassant.
Dans ce contexte, l’espérance de vie de ces pauvres gens était de courte durée.
Je n’ai connu qu’un seul grand-père (Louis Alquié) et une arrière-grand-mère, Rosalie Bouisset. Celle-ci est morte en 1939, alors que je n’avais qu’un an. Mon grand-père est mort lorsque j’avais atteint l’âge des quatre ans.


Nous nous considérions comme Algériens puisque nés dans ce pays depuis trois générations. Les Français et les Européens nés au Maroc se considéraient comme Marocaine. Ceux nés en Tunisie étaient tunisiens. On parlait du marocain Marcel Cerdan, le champion du monde de boxe. J’ai vu en 1955 une équipe de basket féminine venue du Maroc (Casablanca) jouer des matchs à Oran et Alger. Ces filles, françaises de souches, chantaient une rengaine pour fêter leur victoire :
« Nous sommes les « Marocaines » Ces phénomènes, ces phénomènes,… »
Les français du Maroc étaient fiers d’être des Marocains, car le pays était très beau et le standing de vie plus élevé (modernisme). Je n’aimerai pas que l’on m’appelle « colon ».

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