Question 6 : Quelles étaient les relations au sein de l'école ? Tous les enfants y avaient-ils accès ? Français et Algériens étaient-ils mélangés ?


L'école a été également une chance inestimable pour les petits musulmans et la cohabitation là aussi, s'est déroulée naturellement. Comme dans toutes les écoles, les taquineries et les jeux ont animé les cours de récréation. L'enseignement y était plus strict qu'aujourd'hui, mais l'école était aussi un encadrement sain pour nous, enfants de toute confession, et nous évitait de traîner dans les rues. Personnellement, mon père étant fonctionnaire (Maître Tailleur Militaire), j'ai pu au cours des diverses mutations qu'il effectua à travers l'Algérie, fréquenter les bancs des écoles d'Oran, de Tlemcen, dans l'Ouest, de Constantine, dans l'Est, et de Géryville (aujourd'hui El Bayhad )dans le Sud. Dans cette dernière, je me souviens, sur une classe de 20 ou 30 élèves à peu près, je me retrouvais le seul européen avec un copain juif. Tous les autres étaient des petits arabes, mais cela se passait bien, malgré le climat de guerre qui existait depuis quelques années. Dans l'enceinte de l'école, il n'y avait plus de guerre pour nous.
Il est vrai que je vous parle là du Cours Moyen 2ème année (cm2). Il est probable que nos aînés dans les lycées et les facultés, devaient être plus soucieux des évènements.


Par contre une anecdote, qui m'a longtemps marqué et qui me touche encore, puisque je le garde en mémoire. Je profite de ce témoignage, pour vous en faire part. Je veux parler de l'attitude de mon maître d'école à Géryville, dont je n'oublierai jamais le nom, je crois . Sans doute avait-il à l'époque une aversion envers les Français (il était Français, lui-même), et ce sans doute aussi, par rapport à la guerre. Je me souviens qu'il me corrigeait souvent devant mes petits camarades. Il me déculottait, et me fessait durement avec une badine. J'en avais les larmes aux yeux mais je ne pleurais pas. Un mauvais résultat de ma part ou une mauvaise réponse était toujours prétexte à châtiment. Je me souviendrai toujours de ses paroles à ce moment-là, de ses humiliations devant tout le monde : " Comment, tu es le seul français, tu n'as pas honte ? ". Si cela faisait rire mes camarades au début, ils finirent par ne plus rire, tant ce maître était odieux avec moi. Jamais je n'en parlai à mes parents. Mais ce secret se dévoila un jour, lorsque ma mère me demanda un jour d'enlever mon pantalon pour mettre mon pyjama. Elle remarqua mes fesses toutes bleuies et zébrées. Je dus lui avouer que c'était le maître et mes parents allèrent trouver dès le lendemain, le directeur de l'école. Le maître fut convoqué et certainement réprimandé. Je me souviens lorsqu'il revint dans la classe, il me dit " je ne te toucherai plus, sois tranquille ", et il se désintéressa de moi jusqu'à la fin de l'année.



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