Question 4 : Y avait-il des quartiers séparés pour les Français d'un côté et les Arabes de l'autre ?


Bien sûr, mais pas dans un esprit de ségrégation, comme l'on pourrait le penser. Au contraire, le respect des communautés, les unes pour les autres, ont permis cette cohabitation dont je parlais à la question précédente, et chaque communauté s'est regroupée d'elle même, par affinité, en quartiers. Les villes et villages se construisirent au fur et à mesure. L'architecture des bâtiments était celle de nos villes et villages de France, avec un style Haussmannien pour les grandes villes, puisque ces constructions se firent du temps d'Haussmann (préfet de Paris). Des quartiers se constituèrent pour chaque communauté avec leurs styles de construction propres. Le style haussmannien n'était cependant pas imposé systématiquement par nos gouvernants. Disons qu'il était le style de l'époque. Cependant certains édifices furent érigés dans un style oriental, comme la gare d'Oran par exemple, ou byzantin comme la cathédrale d'Oran. Les musulmans avaient leurs quartiers avec une architecture plus modeste mais qui était la leur. Les espagnols s'étaient également regroupés dans le quartier de la Marine (le plus vieux quartier d'Oran"). Mais rien n'empêchait un musulman d'habiter un quartier européen, ou un européen d'habiter un quartier arabe ( l' appellation " européen " s'était faite naturellement pour désigner le Français dont les origines pouvaient être aussi bien française, qu'italienne, espagnole… etc.) Ma grand-mère par exemple, habitait rue de Staoueli, en bordure du quartier de médioni, qui était un quartier arabe. Mon grand-père, qui était maçon avait construit lui même sa maison, dans un style simple, mais avec goût, comme dans les quartiers populaires méditérannéens, c'est à dire un plain-pied surmonté d'une terrasse carrelée dont le mur de façade de la maison dépassant la terrasse, servait de parapet. Les arabes eux aussi avaient leur style, et dans ce quartier populaire, on voyait des maisons agencées simplement autour d'une courette, avec parfois un escalier partant de cette courette, aboutissant à une coursive où s'ouvraient les chambres. Il faut noter cette particularité dans la plupart de ces logements, qui était l'absence de portes. En effet un simple rideau fermait chaque pièce. Cela peut choquer un visiteur européen, habitué à avoir des portes partout, mais c'était chez les musulmans un style de vie calqué sur des coutumes ancestrales. D'ailleurs mon grand-père avait construit aussi les logements de ses voisins et vivait en très bon termes avec eux.

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