Question 17 : Quel est votre plus beau souvenir, le plus marquant ou le plus ancien que vous ayez gardé ?


Mes plus beaux souvenirs ce sont évidemment les voyages que nous effectuions à travers l'Algérie. Surtout le voyage de Géryville vers Oran, où nous venions passer nos vacances, et retrouver notre famille. Je pense souvent à ces moments là, lorsque je me levai à l'aube pour partir. Il faisait doux, il faisait nuit encore parfois, et nous prenions la route avec le convoi militaire. Pendant une période, personne ne pouvait quitter le village sans le convoi. C'était trop risqué. Les embuscades par les fellaghas étaient courantes. La route, une fois sortis du village et des monts du Djebel Amour (c'est son nom) qui entouraient Géryville, était toute droite. Je me délectai à voir le lever du soleil, sur cette immensité d'alfa, à perte de vue. Plus tard nous croisions des caravanes de dromadaires, avec tout leur chargement. Parfois lorsqu'il y avait des tempêtes de sable, la route disparaissait totalement. C'était de petites routes ou deux véhicules pouvaient à peine se croiser. Chaque instant la lumière changeait et les couleurs de ces déserts étaient magnifiques. Le convoi nous conduisait jusqu'à Bouktoub. Je me souviens, Bouktoub, était vraiment l'oasis, telle qu'on l'imagine, avec ses palmiers, ses dunes de sables, et là encore les couleurs chaudes en faisait un endroit de rêve. Après Bouktoub, il y avait le Kreider, et les chotts Chergui. C'étaient des immensités de marais salans. C'est en arrivant vers le kreider à peu près, que nous voyions quelquefois un mirage, des arbres et de l'eau, qui disparaissaient lorsqu'on s'en approchait. Ensuite après Saîda, la végétation changeait, les champs cultivés, les orangeraies, les vignes, et cela jusqu'à Oran pratiquement. Et lorsque nous approchions d'Oran, nous étions fous de joie. Nous attendions le moment fantastique où nous verrions la mer. C'est que la mer nous manquait. Aussi les bains de mer étaient fréquents, pendant les vacances et nous repartions plus que bronzés, presque noirs.
Je me souviens aussi, à Géryville, des pluies de sauterelles. C'était de grosses sauterelles jaunes de cinq à sept centimètres de long, qui arrivaient en nuage. Le ciel s'obscurcissait. Il y avait presque une éclipse du soleil. Mais alors les couleurs de l'atmosphère viraient à l'ocre jaune. Et les sauterelles tombaient sur le sol comme une pluie battante, et puis rebondissaient. C'était magnifique.

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