Question 13 : Comment les Français de métropole vous ont-ils accueillis ?


J'aurais tendance à vous citer deux détails qui me viennent à l'esprit tout de suite quand on me pose cette question. D'abord l'accueil au port de Marseille, avec sur les murs, écrit en lettres géantes " Pieds-noirs, retournez chez vous ", et puis cette déclaration du maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre, sur Paris-Presse, le 26 juillet 1962 : " Que les pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs ".
Chacun selon ses convictions avaient un regard favorable ou non, envers nous, pieds-noirs.
Dans l'ensemble, nous avons été bien accueilli, je pense. Néanmoins je me souviens d'attitudes hostiles à mon égard. Que cela soit moi à quatorze ans, ou mes parents et aînés,Il fallut faire preuve bien souvent de modestie et persévérance pour s'adapter à notre nouvelle vie. A quatorze ans cela était sans doute plus facile pour moi, et puis encore une fois, j'avais la musique des années soixante qui était un bon dérivatif. Il n'empêche qu'avec le recul, je me souviens d'attitudes hostiles à mon égard, surtout dans l'enseignement. A commencer par ma mise en quarantaine par les autres élèves, dès mon arrivée, au lycée Frédéric Mistral en Arles.
Je n'y suis pas resté longtemps, mais je me souviens que j'ai souffert de cette mise à l'écart. Je ne comprenais pas.
Sinon dans l'ensemble, tout s'est relativement bien passé. Enfin, pour moi , évidemment.
Lorsque je sentais de l'hostilité à mon égard, ou lorsque devant moi l'on critiquait " ces sales pieds-noirs " ne sachant que j'étais pied-noir, je ne disais rien souvent, ou bien parfois, je dévoilai " je suis pied-noir moi aussi, " il y avait un étonnement " ah bon, tu es pied-noir, toi ? ". Il est vrai, que pour certains en France, les pieds-noirs étaient assimilés à des étrangers d'une autre culture, et non à des Français. Cette méconnaissance et cette hostilité parfois, nous faisait mal, nous qui étions profondément Français. Au sortir de cette guerre contre le terrorisme, pour que la France vive dans nos départements français d'Algérie, (Oui, l'Algérie était organisée comme la France avec ses préfectures, ses sous-préfectures, ses communes,, des cartes de l'époque en témoignent) mais aussi depuis 1830, notre engagement sans réserve de notre part pour défendre la république lorsqu'elle était menacée, que cela soit en 14/18 ou en 39/45, ( Mes oncles m'ont souvent raconté leurs récits de guerre contre les Allemands) faisait que nous ressentions une cruelle injustice encore, d'être rejetés par certains, après avoir subi l'injustice d'avoir été expulsés de notre terre natale.

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